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Changer le monde revient à se changer soi-même, nous ne le voyons qu’à travers nos propres filtres.Antoine Jove

A propos du loup

Je tombe de plus en plus souvent sur cette photo sur internet (dans les réseaux sociaux professionnels ou privés) avec le même commentaire associé.

Les trois premiers sont les plus vieux ou les plus malades : ce sont eux qui rythment le groupe. Si ce n’était pas le cas, la meute les distancerait et, en cas d’attaque, ils seraient sacrifiés.

Ils sont suivis par cinq loups forts et puissants, puis par le reste de la meute et de nouveau cinq loups puissants.

Le dernier loup, bien derrière, est le mâle alpha. Le chef de meute. Depuis sa position, il contrôle le groupe, décide de la direction à prendre et anticipe les attaques des adversaires.

La meute avance au rythme des anciens sous le commandement de leur leader qui impose l’esprit d’entraide en ne laissant personne derrière.

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Les lecteurs réagissent toujours par des parallèles avec les hommes en mettant en avant la capacité du leader à assumer, la bienveillance de la meute, la solidarité de l’espèce …

J’ai cherché et je n’ai pas trouvé de source fiable pour déterminer sa véracité. Je l’ai retrouvé copiée avec ou sans l’image sur plusieurs sites, toujours sans indication sur l’original.

J’ai trouvé quelqu’un qui se demandait (comme moi) si c’était sérieux. Voici la réponse (j’ai que toutes les références citées existaient bien …) qu’il a reçu :

La hiérarchie et la position des loups fait l’objet de controverses et, plus généralement, les scientifiques ne s’accordent pas tous sur l’idée de meute voire de loup alpha. Nous ne pourrons donc nous prononcer sur ce difficile sujet.

Dans Les chiens : une passion Guillaume de Lavigne rappelle qu’un nombre impressionnant de faux concepts et de fausses conclusions proviennent d’anciennes observations du comportement des loups en captivité. Le professeur David Mech de l’Université du Minnesota, qui en début de carrière a observé les loups en captivité et qui ensuite les a observés en liberté à travers le monde pendant quarante ans et le professeur D.J. Bibikov, éminent zoologue, remettent les pendules à l’heure.

Sur le site wolf.org dans ses dernières publications, Mech dit ceci : « La notion de loup alpha s’est enracinée dans la littérature populaire, partiellement à cause de mon livre « The Wolf : Ecology and Behavoir of an Endangered Species » publié en 1970, lequel est toujours disponible malgré mes demandes répétées à l’éditeur d’en arrêter la publication. Quoiqu’une partie de ce qui y est écrit soit encore d’actualité, la majeure partie est obsolète. Une de ces affirmations dépassée est la notion de loup alpha. Alpha signifie être en compétition avec les autres animaux afin d’en devenir leur supérieur. Or, la majorité des loups qui conduisent ce qui s’appelle erronément une meute, ont obtenu cette position en se reproduisant et en ayant des petits. En d’autre mots, ils ne sont que des reproducteurs, des parents et c’est ainsi qu’il faut les appeler aujourd’hui : le mâle reproducteur ou la femelle reproductrice ou encore parent mâle, parent femelle …. J’en conclus qu’une meute de loup n’est rien d’autre qu’une famille, comprenant des parents et leur progéniture qui se divisent les tâches, la femelle étant l’animal prédominant (et non dominant !)»

Le site carnivores-rapces.org reprend ces mêmes idées même s’il utilise encore le terme « alpha » : La meute est d’abord composée d’un mâle et d’une femelle dominante, le couple alpha. Ce sont eux les “chefs” de la meute. Ceux-ci donnent naissance à des louveteaux car il n’y a que le couple alpha qui a le droit de se reproduire. Après avoir grandi, les louveteaux s’intègrent dans la meute par des combats. Ceux qui sont intégrés forment donc les membres de la meute. Au minimum composée du couple alpha, la meute comprend aussi les louvards (les jeunes de l’année précédente) et les louveteaux de l’année. Ainsi, une meute est quasiment essentiellement composée de membres de la même famille, mais il arrive que des loups extérieurs se fassent intégrer (toujours par des soumissions ou combats). Les loups se déplacent généralement de nuit, car ils dorment et se reposent le jour. En meute et dans la neige, les loups marchent généralement à la “queue leu-leu” avec au premier rang le couple alpha.

Néanmoins, dans Loups et droit, Xavier Loubert-Davaine écrit qu’au sein de leur territoire, n’importe qui prend la tête de la meute sur les chemins, et en dehors, c’est le couple dominant qui ouvre la marche.

En guise de conclusion, nous sommes plus enclins à suivre les thèses de David Mech qui étudient le loup (en liberté et en captivité) depuis de nombreuses années. Dans Wolves: Behavior, Ecology, and Conservation, il spécifie que le « rôle » varie en fonction de la situation et ce même s’il note qu’en général, le mâle reproducteur se trouve en tête lors des déplacements.

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Ensuite, je me suis documenté pour me faire un avis. Voici les résultats :

La meute se compose de 2 à 15 loups (environ 8 animaux pour les loups réintroduits en France), souvent proches parents. En pratique, c’est une « famille », avec des liens très proches basés sur des relations créées dans le temps en fonction de règles de vie très précises.

Le couple dominant prend toutes les décisions pour la survie de la meute, déplacements, chasse marquage du territoire. On les reconnaît à leurs postures, oreilles droites, regard fixe, queue dressée. Comme ils sont les parents de presque tous les membres de la meute, le couple est respecté par tout le reste de la bande. Ils maintiennent cet esprit de domination en affirmant constamment leur autorité sur leur progéniture, de la naissance à l’âge adulte. Pour les petites proies par exemple, les jeunes louveteaux et les autres membres subalternes de la meute ne peuvent se nourrir qu’après eux. Quand ils se déplacent, le mâle dominant mène généralement la meute et choisit la route. Lui et elle assurent la défense du territoire par des marquages olfactifs qui constituent d’ailleurs l’un des meilleurs indicateurs du statut de reproducteur dominant. Le couple dominant s’attribue les meilleurs endroits de repos. Les autres membres du groupe n’y ont pas accès.

Pour compléter le tableau, quelques précisions sur les fameux « loups Oméga » qui subissent des agressions perpétuelles et quotidiennes. Le dominé, de par sa position, est le dernier à manger. Il est cependant indispensable à la survie d’une meute : il a pour mission de briser les hostilités pour faire baisser les tensions au sein d’une meute. Il est le bouc émissaire, le souffre-douleur, qui reçoit toute l’agressivité sociale du reste de la meute. Il se place au milieu des querelles pour essayer de calmer les autres loups, apaiser leurs stress, les faire passer de l’agressivité à la sérénité. Il rétablit ainsi l’équilibre. Il est parfois récompensé par les dominants pour ces actions d’apaisement. Un bouc émissaire a toujours la fourrure aplatie et les oreilles baissées, il rase pratiquement le sol, et a souvent la queue repliée entre les pattes.

Ensuite, j’ai essayé de comprendre la raison des déplacements. Le territoire d’une meute est très étendu (50 à 200 km2). Elle se déplace surtout pour chercher un nouveau territoire. Dans ce cas, les loups marchent à la que leu leu (« Leu » désignant loup en patois moyenâgeux). Une meute peut parcourir entre 40 à 70 kilomètres par jour, afin de se trouver un territoire plus adapté à sa survie.
Un autre motif de déplacement est la chasse. Une technique assez courante consiste à chasser les proies en se déplaçant en file indienne, le premier loup se plaçant parfois à l’arrière de la file, afin de laisser le loup “suivant” mener le cortège. La technique de la file indienne est particulièrement utile dans la neige, le premier loup servant en quelque sorte de “chasse-neige”, laissant des empreintes que chaque loup peut suivre.

Mais les loups ne sont pas des moutons et certains ont du mal à accepter la discipline qui leur est imposée. Ils quittent alors la meute, essaient de s’intégrer dans un autre groupe ou vivent seuls. Les loups solitaires sont, d’ordinaire, des individus jeunes, à la recherche d’un territoire ou d’une femelle. Ils longent le territoire des autres en restant discrets : ils s’abstiennent de hurler ou de déposer des marques odoriférantes, pour éviter les combats potentiels.

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Revenons sur le texte qui accompagne la photo :

Les trois premiers sont les plus vieux ou les plus malades : ce sont eux qui rythment le groupe. Si ce n’était pas le cas, la meute les distancerait et, en cas d’attaque, ils seraient sacrifiés.

C’est faux. Le leader est l’un des deux dominants (parents). Les derniers sont les dominés (faibles). De plus, les loups ne sont pas attaqués, ils n’ont pas besoin de se défendre. La meute préfère nettement abandonner les faibles plutôt que de risquer la survie de son ensemble pour eux.

Ils sont suivis par cinq loups forts et puissants, puis par le reste de la meute et de nouveau cinq loups puissants.

Ça fait une très grosse meute composée surtout d’adultes « forts et puissants ». Alors que la meute est composée de parents (un peu) et d’enfants (beaucoup). Et dans la neige, les « forts et puissants » sont devant pour tracer la route pour les autres. C’est donc encore totalement faux.

Le dernier loup, bien derrière, est le mâle alpha. Le chef de meute. Depuis sa position, il contrôle le groupe, décide de la direction à prendre et anticipe les attaques des adversaires.

C’est pour cela qu’il est équipé en standard d’un mégaphone (pour se faire entende de la tête de la file) et de jumelles (pour voir loin devant). Encore faux, les faibles sont en queue de peloton.

La meute avance au rythme des anciens sous le commandement de leur leader qui impose l’esprit d’entraide en ne laissant personne derrière.

Conclusion fausse. Même si en logique pure, « faux => faux » est vrai, en l’occurrence tout est bidon. Seul compte la survie de la meute. Et pour cela la raison du plus fort l’emporte.

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Pour compléter, quelques dictons / citations sur les loups …

• L’homme est un loup pour l’homme, ce qui, vous en conviendrez, n’est pas très gentil pour le loup (Serge Bouchard)
• Quand les brebis enragent, elles sont pires que les loups.
• Fais ami avec le loup, mais garde ta hache prête.
• Lorsqu’un troupeau de moutons est uni, le loup n’ose l’attaquer.
• Quand on parle du loup, on en voit la queue.
• Les loups ne se mangent pas entre eux.
• Le lièvre compte sur ses jambes, le loup sur ses dents : chacun survit comme il peut.
• Il faut hurler avec les loups, si l’on veut courir avec eux.
• ll est de l’intérêt du loup que les moutons soient gras et nombreux (Jeremy Benthamute)
• Quand le loup est pris, tous les chiens lui lardent les fesses.
• Ne te plains pas. Brebis bêlante attire le loup (A. Arnoux)
• A force de crier au loup (Esope quelques siècles avant J.C., dans la fable “le garçon qui criait au loup”, mit en forme cette histoire du jeune berger qui, parce qu’il s’ennuyait, se fit un malin plaisir de crier inutilement au loup, histoire de voir les villageois venir les secourir, lui et son troupeau. Comme sa plaisanterie stupide avait très bien marché, il la recommença un peu plus tard avec le même résultat. Mais quand le loup commença réellement à attaquer son troupeau, il eut beau crier, plus personne ne bougea)

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3 Commentaires

  1. Christel

    Je suis d’accord avec vous,moi aussi je me suis interrogé sur cette photo que l’on voit souvent, comme vous j’ai cherché des réponses et j’en suis arrivé aux mêmes conclusions

  2. Deriquehem

    A la que leu leu : moi je savais pour le mégaphone 😀 Amicalement Patrice

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