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Nouvelles & échanges

La vie heureuse, c'est une âme libre, élevée, intrépide et inébranlable.Sénèque

Dérive capilotractée

Du sommet de la montagne de Robion, un homme oiseau vole sur plusieurs kilomètres !

Avant de décider de publier cet article, nous sommes allés vérifier sur place la réalité des faits, nous savions que rares seraient ceux qui oseraient nous croire. Nous nous sommes donc précipités à Castellane, aux portes des gorges du Verdon, et nous y avons interviewé des touristes présents au moment de l’envol ainsi qu’Arsène Eletheros, une figure locale, qui a passé quelque temps avec l’homme volant avant son saut. Nous avons même retrouvé une photo prise avec un téléphone portable par un Anglais de l’exploit réalisé par Ancel Ornich. Elle est cependant trop floue pour être publiée.

Tous sont d’accord : vers dix heures du matin, après avoir couru vers le vide pour s’élancer, de la même façon qu’avec un parapente, Ancel s’est élevé vers le ciel porté par un courant ascendant thermique. Une minute après, il était un point à l’horizon au-dessus du ravin du Riu. D’après Arsène, il a collé des plumes de vautour sur sa veste de cuir pour faire de ses bras et de ses épaules des ailes.

Le corps broyé de cet Icare des temps modernes a été retrouvé par des promeneurs dans l’après-midi à cent mètres du collet d’Ampon vers la commune de Soleils. Des analyses ADN sont en cours pour vérifier qu’il s’agit bien de lui.

 

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Cet encadré extrait de l’édition du 25 octobre 2014 du Dauphiné Libéré a attiré mon attention. J’avais du mal à y croire pour être honnête. Habitant Grasse, je me suis déjà rendu deux fois sur ce sommet d’où la vue est magnifique, surtout à l’aube lorsqu’il est encore désert. Retraité de la police et n’ayant rien d’urgent à faire, j’ai décidé de mener mon enquête. Voici un résumé de ce que j’ai trouvé sur le dénommé Ancel Ornich après deux semaines de recherches durant lesquelles j’ai fait chauffer mon réseau, beaucoup surfé sur Internet et passé pas mal de coups de fil.

 

Ancel Ornich est né de Alouarn et Azenor Ornich dans la nuit du 20 au 21 mai 1984. L’accouchement, à leur domicile dans leur petite maison de Kergounoc au fond de L’Aber-Wrac’h, aurait duré 33 heures et 30 minutes, selon une voisine. Ils n’ont pas eu le temps de se rendre à la maternité de Brest trop éloignée. Ancel était un beau bébé de quatre kilos, chauve.

 

Fils unique, il a eu son BAC sans mention à 18 ans. Il était réputé pour son humour potache venant probablement de la lecture assidue des bandes dessinées et pour son amour immodéré de l’océan. Les gens du pays l’appelaient « le grand crâne ». Ses parents étant pauvres et âgés, Ancel travaillait pendant ses vacances dans les élevages de porc de Lannilis où il allait en vélo dès ses seize ans. Fasciné par les bateaux, il passait de longues soirées chez son oncle Auguste, qui demeure de l’autre côté de l’Aber à Le Passage. Auguste était un marin célèbre dans le coin pour avoir gagné le trophée des pécheurs trois années de suite. C’est un bavard à tendance mythomane, il a fallu faire le tri.

 

Le 25juillet 2003, les parents d’Ancel trouvent la mort dans un accident de voiture sur la N165 à Le Faou. Après l’enterrement, il monte dans le bateau familial et disparait. Il aurait fait le tour du monde selon un de ses amis. Pour un autre, il aurait surtout éclusé les bars bretons.

 

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Puisque l’on parle de moi, permettez-moi de vous donner mon point de vue. Je ne suis pas mort, juste moins présent physiquement … un peu gênant, je vous l’accorde.

 

Jusqu’à présent tout est vrai, mais insipide. « Des parents pauvres et âgés » ne traduit pas l’amour que j’avais pour eux, leur vie difficile, la chaleur du poêle dans la cuisine, la douceur du café noir le matin. Ils parlaient peu. Rester seul dans cette maison m’était insupportable. Les odeurs me les rappelaient à chaque instant, de ma chambre je croyais entendre leurs voix sourdes. Coincé sur ce bout de terre si près de l’océan, j’avais besoin de tout lâcher, de respirer. Comme le dit la chanson de Michel Fugain, « On vit au fil du temps qui passe, on va au gré du vent, au gré du vent qui passe, toujours plus loin devant ». Il fallait que je me remplisse, porté par le hasard des courants.

 

En juillet 2004, j’étais à Robion près de Cavaillon. Fasciné par la belle Katia que j’avais rencontrée sur une plage du Portugal, je l’ai suivie dans sa tournée. J’ai eu le privilège de voir sa performance au théâtre de verdure, lieu impressionnant où le public est assis en face d’une falaise du Luberon décorée de lierre qui sert de mur de scène. Tout se passe au crépuscule, dans la journée il fait trop chaud et le bruit des cigales est trop assourdissant. C’était prenant et émouvant. Sa voix profonde et sincère m’a transpercé. Pétrie de courage et d’harmonie, en fadista accomplie, elle soigne les blessures des corps et celles des cœurs. Se remettant en jeu à chaque refrain, elle ne triche pas.

 

Après le concert, nous sommes montés tous les deux à la source de l’Escanson par un escalier vertigineux qui part d’un des bords du théâtre. Elle m’a murmuré une chanson de sa composition, Esquina de una tempo, rythmée par les gazouillis de l’eau renaissante. Sa voix claire rayonnait de cette fièvre éternelle où la tristesse infinie rencontre l’immense beauté de la mélancolie. Nous avons fait l’amour, seuls sous les étoiles. J’ai caressé ses longs cheveux noirs. Au matin, nous nous sommes quittés pour que l’usure de la routine n’abime pas le souvenir  de cette soirée, unique et merveilleuse.

 

Sur le volcan basaltique d’Ambrym, une île du Pacifique, j’ai croisé un sorcier danseur. Après un sacrifice de cochons – mon travail dans les élevages m’a été bien utile —, il m’a greffé des cheveux. Je n’ai jamais su de quel animal ils venaient, mais j’ai toujours eu l’impression qu’ils étaient vivants, même s’ils semblaient pousser normalement. Je me suis souvent demandé si je n’étais pas devenu un nouveau Samson.

 

C’est là que j’ai imaginé, allongé sur une plage, l’état de roue libre perpétuelle. L’effet de ma nouvelle coupe ?

 

Fort de ces quelques précisions, je vous laisse découvrir la suite.

 

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À son retour, Ancel décide de se lancer dans la compétition. Par l’intermédiaire d’Auguste, en décembre 2004, il trouve son sponsor en la personne d’Atakan Lebars, directeur de la communication de l’entreprise Akela qui commercialise des boissons tonifiantes. C’est un jeune arriviste charismatique, doublé d’un pervers narcissique selon certains de ses collègues — il n’a jamais répondu à mes demandes pour entrer en relation avec lui —.

 

En 2005, il participe à sa première course officielle, la transat 6.5 remportée par Corentin Douguet en 24 jours et 21 heures sur le trajet Fort Boyard — Puerto Calero — Salvador de Bahia. Il finit dans les derniers. Il faut un début à tout : terminer est déjà bien.

 

En novembre, lors d’une soirée, Ancel rencontre Aileen. Elle est chef comptable chez Cautor, une entreprise qui fabrique des chaises à Saint Renan. Elle adore ses cheveux !

 

En 2006, il se lance dans la Velux 5 Oceans poussé par son Sponsor qui veut du sport, du bruit. Elle sera remportée par le Suisse Bernard Stamm sur Cheminées Poujoulat en cent trois jours. Parti de Bilbao, Ancel abandonne à la fin de la première étape à Fremantle.

 

En 2007, il épouse Aileen en septembre et reste avec elle pour l’aider à supporter une grossesse délicate. Leur fille Ayele naitra le 31 juillet 2008 avec une magnifique chevelure noire.

 

En 2009, il s’entraine à fond et en 2010, il participe à la route du rhum sur un monocoque Class quarante qu’il a baptisé le Philémon – il adore ce voyageur de l’absurde inventé par Fred —, mais dont le nom officiel est bien sûr Akela. Sa consigne unique est de faire parler de lui.

 

Ancel termine avant-dernier, sans éclat. Sa relation avec Aileen se dégrade. Elle supporte de moins en moins d’avoir à s’occuper d’Ayele seule.

 

J’ai eu une conversation avec elle. C’est une femme qui veut vivre une vie de couple ordinaire en évitant les tracas et les soucis. Elle s’est organisée pour cela : gérer les problèmes pour se créer du temps libre. Elle publie des livres pour enfant qu’elle écrit le soir quand sa fille est couchée. D’après elle, Ancel déprimait dans leur petite maison. Il allait regarder la mer de loin, assis sur la plage de Kameuleud et, s’il avait assez de courage il poussait jusqu’à la pointe de Penn Enez pour la voir en plus grand. Pour elle, si les contraintes sont des opportunités, il ne faut pas en abuser.

 

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C’est encore moi. Pas facile d’interagir avec cette feuille de papier … mais faisable, aussi étonnant que cela puisse paraitre.

 

Quelques compléments me semblent utiles, même si là encore, tout s’est bien passé ainsi.

 

Mais où sont la folie du voyage, le souffle bleu des nuages à l’infini, l’attente de la naissance, les premiers sourires d’Ayele ? J’étais un prisonnier heureux, un esclave libre. Je me devais de courir pour alimenter ma fierté et j’adorais ma famille même si j’avais l’impression de perdre mon temps avec elle. À l’époque, je ne savais pas ce que je voulais. J’étais fragile et influençable, en équilibre instable entre mes pulsions et mes valeurs. Je croyais que mes cheveux magiques me permettraient de réussir.

 

Tout a basculé un jour de bruine, en revenant de chez le coiffeur. Vers dix-sept heures, Atakan m’a appelé et m’a demandé de chavirer à la prochaine course pour que l’on parle – enfin — de moi dans la presse. À dix-huit heures, parti dans un bar pour penser, j’ai rencontré Anthea. Je l’ai suivie sans réfléchir. Elle avait des cheveux d’or, ondulants, attirants.

 

Voyageuse commerciale vendant à la sauvette des produits de beauté anti-âge, je suis devenu son chien de garde, son chat de compagnie. Pour me rassurer, je me disais que j’avais eu le courage de rendre sa liberté à Aileen. En me rabaissant et m’éloignant de l’océan, je me punissais d’avoir abandonné ma fille. Nous avons erré de marché en marché dormant dans des hôtels de fortune. Elle avait un talent extraordinaire pour jouer sur les cordes sensibles des gens, de la culpabilité à la jalousie en passant par le besoin de paraitre. Rennes, Nantes, Poitiers, Limoges, Rodez, Nîmes, Aix en Provence, les villes défilaient les unes toutes semblables aux autres. J’ai vécu cette chevauchée comme un cavalier sans rêne les cheveux au vent, guidé par sa monture, grisé par son envie infernale de vivre.

 

Elle m’a quitté au grand marché de Manosque, un samedi matin, sur la place Marcel Pagnol. J’ai erré entre les étals qui proposaient fruits et légumes, poissons et produits de la mer, boucherie et charcuterie, produits biologiques et naturels, produits de producteurs locaux, vêtements, ustensiles, meubles, jouets et autres produits non alimentaires et fleurs et plantes. Si j’avais en tête de chercher quelque chose, j’étais sûr de pouvoir le trouver. Mais je ne cherchais rien. En guise de commission pour mon travail, elle m’a donné vingt billets de cent euros. Gigolo est un bon métier.

 

Je me suis assis sur un trottoir, solitaire au milieu de la cohue. J’ai repensé à ma quête. Quelque part, Anthea, m’avait remis sur le droit chemin. J’ai décidé d’aller vers la frontière, pour changer d’air, devenir un vrai étranger. En passant par Menton via le GR 4 jusqu’à Grasse puis par le GR 51, moi, le marin, je voulais fouler la terre sous mes pieds. Et oublier.

 

J’ai été chez le coiffeur puis j’ai marché.

 

Allez, assez de dérives, revenons à l’Histoire telle que l’a relatée mon enquêteur narrateur.

 

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Je retrouve Ancel à Gréoux en 2014. J’ai dû repartir de la fin, je n’ai pas réussi à trouver ce qu’il avait fait depuis 2011. Il a dormi dans un camping à Riez, dans un gite d’étape à Moustier, dans une pension de famille à La Palud et dans un hôtel à Rougon où il pleuvait à torrents. Je suppose qu’il est passé par le sentier Blanc Martel en passant par son tunnel.

 

Sa route s’arrête à Castellane. Sa trace était facile à suivre, en septembre, il y a peu de randonneurs.

 

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Pardonnez-moi, mais il faut que je vous explique. Tout cela n’est pas que le fruit du hasard. J’ai réalisé ce qui me tenait le plus à cœur.

 

À Castellane, j’ai rencontré Arsène. Nous étions devenus deux frères au bout de deux bières. Je lui ai expliqué mon grand projet en regardant les vautours planer dans l’azur.

 

Pour valider sa faisabilité, nous sommes montés au sommet du Robion, il domine tout le Verdon du haut de ses 1660 m. C’était magique. Après avoir quitté la D102, nous avons plongé dans le thalweg et rejoint un ancien passage muletier. Après trois lacets, le balisage, souligné de cairns, est devenu rouge pour aller jusqu’au point culminant.

 

Pendant que nous cherchions ce qu’il me fallait, il m’a fait découvrir la végétation, aulnes, amélanchiers et pins sylvestres qui, habituellement, se développent à des altitudes plus élevées. Nous avons admiré les chapelles romanes, sobres, nues, perdues en bord de chemin ou au milieu des pins : Sainte Anne, Saint Trophone ou Saint Thyrs et de multiples oratoires qui jalonnent le paysage, sur les places désertes ou auprès des cimetières.

 

Il était fasciné par la vie de la martre, un exemple pour nous tous disait-il. Nous partions à sa recherche au crépuscule. Elle chasse la nuit. Son pelage est brun chocolat, comme mes cheveux, avec une tache jaune crème qui s’avance entre les pattes, sur la gorge. Le jour nous repérions ses laissées déposées au bord des chemins forestiers, sur des pierres, dans les brûlis ou dans des trous proches de son abri. La marte squatte les vieux nids d’écureuil ou les grands nichoirs des chouettes. Adaptée à une existence arboricole, très vive et très agile, elle se déplace rapidement dans la cime des arbres. Fidèle, elle s’occupe de sa famille. En restant assis silencieusement, nous l’avons observée, belle et sauvage.

 

Le soir nous faisions des recherches sur Internet sur les bases de l’aérologie. L’air chaud — moins dense — est plus léger que l’air froid. Le soleil réchauffe le sol de manière variable selon sa nature. Le sol chauffe l’air à son contact par conduction. Lorsqu’une masse d’air au contact du sol est plus chaude que son environnement, sa densité baisse, elle devient légère et s’élève. Cette bulle d’air s’élève aussi longtemps que la masse d’air autour d’elle est plus froide.

 

Quand nous avons estimé avoir assez de plumes, nous avons acheté la colle et fait des essais. Des vautours dans le Verdon, il y en a et leurs plumes de trente centimètres en moyenne pour six à huit de large sont parfaites. La super glu à cinq euros les trois doses, colle liquide instantanée super puissante et rapide — il suffit d’assembler et de presser pendant quinze secondes et ça tient —, nous l’avons acquise à la supérette.

 

Et puis j’ai couru dans le vide avec mes ailes en hurlant de rire, les cheveux dressés sur la tête.

 

Je vous laisse découvrir la suite, c’est là que cela devient intéressant.

 

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Ancel a vécu avec Arsène pendant quelques semaines. Puis, il s’est envolé.

 

Arsène, avec qui nous avons parlé longuement, n’a jamais cherché à le dissuader. C’était son rêve, son besoin. Il lui était impossible de lutter. Et peut-être, en rêvait-il lui-même.

 

Je lui ai montré les coïncidences troublantes au niveau des dates et des noms : du 20 au 21 mai, c’est la naissance d’Ancel. C’est aussi le jour de la première traversée de l’Atlantique par Lindgberh en 1927. Le 25 juillet 1909, Blériot travers la Manche en avion. Un 25 juillet, Ancel devient orphelin. Le 31 juillet 1944, Antoine de Saint-Exupéry disparait en vol. Ancel devient père un 31 juillet. Et, en grec ancien, Eletheros signifie « libre » et Ornich veut dire « oiseau ».

 

Arsène m’a juste regardé en souriant.

 

Il a cité Milan Kundera, la nouvelle « Édouard et Dieu » dans « Risibles Amours » : Suppose que tu rencontres un fou qui affirme qu’il est un poisson et que nous sommes tous des poissons. Vas-tu te disputer avec lui ? Vas-tu te déshabiller devant lui pour lui montrer que tu n’as pas de nageoires ? Vas-tu lui dire en face ce que tu penses ? » Son frère se taisait, et Édouard poursuivit : « Si tu ne lui disais que la vérité, que ce que tu penses vraiment de lui, ça voudrait dire que tu consens à avoir une discussion sérieuse avec un fou et que tu es toi-même fou. C’est exactement la même chose avec le monde qui nous entoure. Si tu t’obstinais à lui dire la vérité en face, ça voudrait dire que tu le prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d’aussi peu sérieux, c’est perdre soi-même tout son sérieux. Moi, je dois mentir pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou

 

Ayant toujours des connaissances dans la police, j’ai pu avoir accès aux résultats des tests ADN : celui des cheveux d’Ancel n’était pas le même que celui du reste de son corps.

 

J’ai été revoir Arsène qui a joué les scientifiques : « un système mécanique peut fonctionner en roue libre s’il est capable d’interrompre momentanément l’entraînement en rotation d’un organe entrainé qui peut néanmoins continuer de tourner librement ».

 

Je dois vous avouer que je n’ai rien compris. Devant mon regard ahuri, il a ajouté comme pour complexifier encore les choses : « Ce système peut être utilisé comme un clapet antiretour, dispositif permettant de contrôler le sens de circulation d’un fluide quelconque. Il permet le passage dans un sens et bloque le flux si celui-ci vient à s’inverser. »

 

J’étais perdu. Je ne voyais pas le rapport.

 

Arsène a enfoncé le clou : « Ancel avait trouvé son cliquet : ses cheveux. Il était persuadé que grâce eux, il pourrait jouer avec les courants comme un véritable oiseau. C’était, pour lui, l’équivalent de la plume magique de Dumbo, l’éléphant aux grandes oreilles. »

 

Cela allait trop loin dans l’ésotérique. Mon esprit pragmatique se révoltait contre ces affabulations.

 

J’en ai conclu que, pour une raison inconnue, Ancel était devenu fou. Attiré inconsciemment par le suicide devant l’échec de sa vie, son esprit avait fabriqué cette illusion pour lui éviter de le réaliser.

 

Si j’admirais l’exploit, j’étais déçu par ce non héros.

 

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J’ai réussi !

 

Je ne suis mort qu’à moitié. Mon esprit vole toujours et je vois les gens, en bas. Je peux m’approcher pour les écouter. Je peux leur parler aussi, mais ils ne m’entendent pas. Ne pas pouvoir interagir avec eux est frustrant, mais ce n’est pas grave : Je suis enfin libre, irresponsable spectateur de leurs vies. Je ne suis plus coupable de rien. Je flotte, m’imaginant redevenu chauve.

 

J’ai été regarder Aileen et Ayele. Elles sont belles. J’ai réalisé que je ressentais encore de l’amour, même dans mon état. Je ne suis pas resté, cela me faisait trop mal. J’ai besoin d’insouciance, de légèreté.

 

Emporté par la gravité, je me suis dirigé vers l’espace infini, ma quête enfin achevée.

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