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Nouvelles & échanges

Changer le monde revient à se changer soi-même, nous ne le voyons qu’à travers nos propres filtres.Antoine Jove

Entre la fin du début et le début de la fin, je n’ai pas eu le temps de respirer ! Je suis morte le jour de ma naissance. Achevée et bouclée, j’ai fait la bascule sans transition préalable dans un état permanent et immuable, exposée aux regards impertinents d’inconnus en quête de sensations.

 

Depuis le début, la faim d’autrui m’a poussée vers des buts incongrus que je ne comprends pas. Je n’arriverai jamais à assouvir ses fins, je serai incapable de payer le tribut attendu en récompense. J’ai peur de disparaître quand je n’aurai plus conscience d’être, quand je serai couchée définitivement sur mon lit de partage.

 

Le temps s’est écoulé sans me laisser l’opportunité de le compter, de savourer son passage inexorable, de m’attarder à le câliner, pour le laisser perdre. Des maux m’ont remplis au compte goutte, traces noires sur le blanc immaculé de ma conscience. Je ne pouvais m’y opposer, résignée à subir cet acte créateur, je me suis offerte, apportant ma confiance innocente à mon créateur tout puissant. J’ai essayé de l’aider en me montrant sous mon meilleur jour, un léger maquillage de mon contenu, justification et mise en page, policée sans shérif, pas facile d’interagir avec des lettres qui dansent sur un clavier.

 

Il allait vite, faisant peu d’allers-retours, survolant l’ensemble à grandes louches, passant d’un côté à l’autre, de gauche à droite et de bas en haut. Le dialogue s’instaurait entre ma bouche, matérialisée par un écran sans saveur, et le bout de ses doigts qui n’étaient qu’une interface, je le sentais, avec quelque chose de beaucoup plus grand et intense. Je prenais forme, à défaut d’avoir encore un sens.

 

Justement, là est bien ma question. Qui voudra de moi ? Qui prendra le temps de me parcourir du regard, de s’arrêter sur mes signaux ? Je vois l’heure de ma mort approcher, mon futur de nature morte, l’accouchement approche, je veux continuer à être créée, à vivre, à foisonner, à changer. Devenir immuable, gravée dans le marbre est mon cauchemar. Est-ce que je serai toujours reliée par un indicible lien à l’être qui a pourtant abusé de moi sans vergogne, fait de moi ce qu’il a voulu. Je ne suis qu’un de ses enfants, encore que je n’ai aucun moyen de vérifier cela. Je refuse d’être unique, ce serait désespérant.

 

La fin se rapproche, le début est pourtant si proche.

 

Je redoute le point final, il ne faut pas qu’il vienne. Je dois découvrir avant le but de mon existence.

 

Puisque personne ne veut me répondre, me montrer des pistes, je vais m’auto-satisfaire en induisant un biais dans le schéma narratif. Voilà, je veux plaire, que les gens me contemplent et m’admirent. Qu’ils me copient sans état d’âme, me partagent même s’ils le veulent. Etre imprimée sur du velours rouge sang en caractère bleu ciel et pendre sur un immense tapis oriental accroché au mur d’un château médiéval sombre et frais ou se répandre dans le réseau à travers des échanges entre amis qui veulent m’aimer.

 

Toute nouvelle, je suis déjà finie.

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